• Kyvenz Amédée

Le sort des non-vaccinés et l'âme de la nation québécoise

Dernière mise à jour : 23 févr.



Les non-vaccinés, un groupe traqué


Depuis plusieurs mois au Québec, l'insistance du gouvernement à vouloir soumettre les personnes non-vaccinées à son plan de vaccination ressemble à quelque chose comme une chasse à l’homme. Ajouté à cela, une grande chorale de gens indignés à laquelle participent volontiers les personnalités québécoises les plus influentes n’a raté aucune occasion de faire entendre des hymnes à la désapprobation totale des non-vaccinées. On a même fait ‘chanter’ des enfants, sous l’influence avouée d’une tutrice, sur le plateau de l’animatrice Julie Snyder, qui s’en est excusée depuis. Je ne me rappelle pas avoir déjà vu un groupe de notre société être autant traqué, pour ainsi dire. Tout a été mis en œuvre pour les entraver, et aucune mesure n'a semblé trop exagérée pour les contraindre à « passer des ténèbres à la lumière ». C’est comme si l'avenir de la nation toute entière dépendait de cette seule minorité.


"Et ce n’est pas parce qu’ils sont forcément malades, mais parce qu’ils ont eu l’indécence de refuser de livrer leur corps à la Science, cette grande religion de la modernité."

L’annonce du premier ministre, plus tôt aujourd’hui, à l’effet que le gouvernement a décidé de ne pas poursuivre le projet de loi concernant l’instauration d’une taxe dite « contribution santé » aura certainement apaisé des esprits. Même s’il faut s’attendre à ce que cette décision ne fasse pas la joie de ceux qui espéraient voir cette taxe être imposée, elle est à saluer. En janvier dernier, réagissant à la première annonce de cette initiative, le journaliste Richard Martineau avait écrit dans le Journal de Montréal : « J’appuie n’importe quelle mesure destinée à emmerder les non-vaccinés. Et je le dis sans honte. ». Espérons que ces malheureux propos de monsieur Martineau ne reflètent en rien le sentiment de la majorité des Québécois, et qu’avec le temps la population confirmera plutôt l’analyse du Code Québec de Marc Léger selon laquelle nous sommes un peuple tolérant et optimiste. En attendant, hélas, peu importe qu’ils servent fièrement la population en tant qu’infirmières, camionneurs ou policiers, les non-vaccinées sont mis de côté. On ne veut plus d'eux dans nos restaurants, ni dans nos magasins à grande surface, ni même dans nos lieux de culte (oui, ils sont même écartés des lieux de pratique de la foi). Et ce n’est pas parce qu’ils sont forcément malades, mais parce qu’ils ont eu l’indécence de refuser de livrer leur corps à la Science, cette grande religion de la modernité. Certains sont allés jusqu’à dire qu’il était de la responsabilité de chacun de se faire vacciner. Bien qu’on puisse comprendre les sentiments qui poussent à dire une telle chose, il faut signaler que des notions comme la « responsabilité [des individus] » devraient toujours être fondées sur des valeurs, sur un code moral, et non sur un produit. Le vaccin contre la Covid, bien qu'utile pour réduire les risques de complications graves, n'est pas une valeur ni un code moral, mais un produit.


Si dans notre société des produits peuvent être ainsi valorisés et portés au rang de principe supérieur, alors l’âme du Québec est en danger. Recourir à la coercition pour inciter des citoyens à se faire vacciner équivaut à mépriser le caractère sacré du corps humain et le principe même du consentement éclairé. Non, nous n’avons pas la responsabilité de nous faire vacciner. En revanche, nous avons tous la responsabilité de participer, en toute bonne conscience et dans le respect de tous, à la lutte contre le virus. Certains s’armeront du vaccin pour le faire, et d’autres pas. Ces derniers ne sont pas pour autant moins Québécois, ni moins solidaires.


Le Québec a fait du chemin, mais...


Étant vacciné et collaborant à l'ensemble des mesures sanitaires en vigueur, je ne suis pas dans la même situation que les personnes visées par toutes les restrictions qui alourdissent depuis plusieurs mois la vie au Québec, mais j'éprouve un certain sentiment de familiarité avec ce que ces personnes vivent. Je pense à l'époque où, à cause de la couleur de ma peau, des gens cherchaient à tout prix à me faire comprendre que je n'étais pas le bienvenu dans la société, dans mon quartier, dans mon école. Les méchancetés dont j’étais la cible, et les insultes et menaces qu'on me proférait, étaient pour mes persécuteurs comme un sport ; ils en tiraient une grande satisfaction.

Certains, en me lisant, s'indigneront peut-être en se demandant comment je peux oser comparer les non-vaccinés aux victimes de racisme au Québec. Et bien j'ose, parce que ma foi et mon expérience personnelle me poussent à me mettre à la place de ceux qu’on marginalise. J’estime par ailleurs que la meilleure façon de faire appel à notre empathie est de puiser dans notre propre vécu les expériences les plus susceptibles de nous aider à comprendre ce que vivent les autres. Les non-vaccinés sont marginalisés à cause de leur choix, moi, je l’ai été à cause de ma couleur. Évidemment que ce n’est pas la même chose, mais le sentiment de rejet et d’exclusion n’est pas pour autant si différent. Les humains qui ont déjà souffert sont capables d’empathie envers d’autres humains qui souffrent, même si leurs souffrances sont d’une autre nature. Au risque de choquer davantage, je me permettrai d’ajouter la comparaison suivante : à entendre certains propos dans l’espace public québécois, c’est comme s’il était attendu des non-vaccinés qu’ils se fassent ‘tout petits’ (pour ne pas dire invisibles) afin de ne pas insécuriser les vaccinés, car ces derniers doivent pouvoir se ‘sentir’ en sécurité (ce qui est plutôt ironique : pleinement vaccinés et quand même insécures).


Par le passé, en tant que personne de couleur, j’ai moi-même souvent eu le sentiment de devoir me faire ‘petit’ pour ne pas insécuriser les Québécois dits « de souche », en évitant de m’aventurer dans certains quartiers, en veillant parfois à ne pas m’approcher de trop près, en adoptant un comportement non-menaçant, etc. Pourtant, je suis Québécois, moi aussi ! Je suis né, j’ai grandi et je vis ici... Alors oui, du fait de mon expérience personnelle au Québec, je peux comprendre dans une certaine mesure ce que peuvent éprouver les non-vaccinés à qui on ferme de plus en plus de portes sans égard au fait qu’ils sont eux aussi des citoyens, au même titre que les vaccinés. Le Québec a fait beaucoup de chemin depuis les années durant lesquelles j'étais régulièrement victime de racisme, mais le sort qui est réservé aujourd'hui aux non-vaccinés, entre autres groupes marginalisés de notre société, est une indication que nous avons encore bien du chemin à faire ; que l'âme de la nation a encore désespérément besoin de lumière.



Un peu de lumière au bout du tunnel ?

Je félicite le premier ministre d’avoir fait preuve de sagesse en renonçant au projet de loi sur la contribution santé ; cette décision n’a pas dû être facile dans les circonstances. Je prie et j’ose espérer qu’il ira encore plus loin en mettant fin à l’imposition du passeport vaccinal dans les lieux de culte et dans tout autre espace considéré comme service essentiel ou nécessaire à la cohésion sociale. À titre de dirigeant religieux, mon rôle n'est pas de prendre position pour ou contre le gouvernement, ni d'être pour ou contre le vaccin contre la Covid. Ce n’est pas le rôle de l’Église de prendre position à droite ou à gauche, mais plutôt en hauteur en ce sens que sa préoccupation première est la perspective divine d’une situation et l'état spirituel de la nation. À droite et à gauche de nos enjeux se trouvent des individus, des familles et des groupes que Dieu cherche à réconcilier entre eux et avec lui-même. Je suis donc de tout cœur avec les autorités qui luttent, prient et rêvent du jour où nous parleront enfin de la pandémie au passé. Je suis aussi de tout cœur avec les vaccinés qui luttent, prient et rêvent du jour où nous serons enfin en sécurité. Et je suis également de tout cœur avec les non-vaccinés qui luttent tout autant, prient et rêvent pour que la vie revienne enfin à la normale. La question qui m’interpelle cependant est la suivante : quand nous aurons enfin remporté ce combat, que nos prières auront été exaucées, et que nos rêvent se seront réalisés, dans quel état sera l’âme du Québec ?


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Photo by CDC on Unsplash

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